Ces médicaments qui mènent à la mort

J’ai payé un professeur suédois pour augmenter les chances d’accréditation du Prozac en Suède. John Virapen De nombreux médicaments sont mis sur le marché, sans que souci soit fait des effets secondaires non suffisemment contrôlés et qui causent des dizaines de milliers de morts chaque année à travers le monde. De grands universitaires ont consacré de nombreuses études aux perversions cyniques et scandaleuses des grandes firmes pharmaceutiques mondiales, qui se retirent de plus en plus de la recherche sur les grands fléaux (cancers, Alzheimer, maladies neurologiques, psychiatriques, virales et parasitaires du tiers-monde), au profit quasi exclusif de la création d’immenses marchés artificiels à rentabilité immédiate, leur assurant des bénéfices exorbitants, trois à quatre fois supérieurs à ceux de toutes les autres industries, sans aucun avantage pour la santé et les malades. Elles y parviennent de deux façons : d’abord, par la promotion de molécules prétendues nouvelles, quoique peu novatrices, simples copies des médicaments plus anciens et dont certaines ont déjà provoqué des dizaines et parfois des centaines de milliers de morts ; ensuite, en suscitant l’anxiété, donc la demande de la population et des parents, inventant et promouvant par un marketing forcené dans tous les médias des maladies qui n’existent pas (pré-hypertension, cholestérol, dépression, hyperactivité de l’enfant, dysphorie menstruelle, etc.) et pour lesquelles elles proposent des pseudo-médicaments, qui ont d’autant moins de chance d’être efficaces qu’ils n’ont rien à traiter, mais qui sont loin d’être sans danger. Jon Virapen, venu de la Guyane britannique, de formation médicale et ancienne pop-star, devenu, dans les années 1980, PDG pour la Suède, puis l’Amérique Centrale, de la grande firme américaine Eli Lilly, raconte de l’intérieur. Son livre n’est pas une étude, mais un témoignage vécu, direct et douloureux, habité de remords, de culpabilité et de révolte contre une politique qu’à travers les drames de l’Opren, du Prozac, du Vioxx et du Strattera, il a mis des années à comprendre et à rejeter. C’est donc pièces en main qu’il décrit le fonctionnement interne de ces entreprises, la falsification des études cliniques des médicaments, le secret et la dissimulation des accidents thérapeutiques, systématiquement cachés aux agences de contrôle, la désinformation et la corruption organisées des médecins généralistes par les visiteurs médicaux des firmes et plus encore, celle des experts universitaires infiltrés dans les agences d’État et même celle des politiques. Ce livre désespéré et passionnant tente de préparer un avenir meilleur pour les générations futures, dont le jeune fils de l’auteur que l’on trouvera au cœur de ce bouleversant témoignage.

 

 

Avec John Virapen

Les médicaments psychotropes peuvent déclencher une « akathisie », un sentiment d’angoisse très profonde avec impossibilité de rester calme et immobile, assis, debout ou couché. Elle s’accompagne d’une agitation pulsionnelle pouvant conduire à des violences explosives et au suicide. (Elle est parfois associée au syndrome des jambes sans repos, au Parkinson et surtout au sevrage des benzodiazépines et des ISRS. NPE.) L’akathisie peut être le premier signe de risques de pulsions, d’homicides ou de suicide, mais jamais, avant l’apparition du Prozac, on n’avait établi de liens entre akathisie et antidépresseurs. Les médecins prescripteurs ne s’attendaient certainement pas à cela avec le Prozac, car Lilly n’avait jamais émis d’avertissement sur ce point, alors qu’il savait, d’après les essais cliniques, que certains patients avaient montré des signes d’akathisie. Les archives internes de Lilly montrent que le phénomène fut noté pour la première fois dès 1978. Le 2 août, on peut lire : « Il y a eu pas mal de réactions négatives. Un patient a développé une psychose et akathisie et agitation sont apparues chez d’autres patients. » Dix jours plus tard, on trouvait : « Certains patients sont passés d’une forte dépression à une agitation sévère en quelques heures et nous avons dû interrompre aussitôt le traitement chez l’un d’entre eux. »

Depuis ce jour, les patients traités au Prozac ont aussi reçu des benzodiazépines ou même des tranquillisants (ou neuroleptiques) pour lutter contre cette agitation inquiétante. Mais lorsque la fluoxétine fut mise sur le marché, il n’y eut aucun avertissement pour en aviser médecins et patients et pas un mot dans la notice incluse dans la boîte (et rien dans le Vidal français, NPE). Lilly connaissait pourtant parfaitement les risques d’akathisie, puisqu’il excluait des essais cliniques du Prozac les malades qui en avaient présenté les symptômes.

Cela démontre à quel point le Prozac ne peut être éventuellement prescrit que dans des conditions étroitement contrôlées, en l’associant à d’autres médicaments et en surveillant de très près les effets secondaires. L’utilisation d’un médicament aussi dangereux potentiellement devrait être clairement réservée aux seuls psychiatres (comme d’autres médicaments à haut risque sont déjà réservés aux seuls spécialistes, par exemple en cancérologie, NPE). Mais cela n’est évidemment pas la meilleure manière de faire du chiffre et voilà pourquoi la fluoxétine continue à être librement et largement prescrite par les médecins généralistes, contre la dépression, les anxiétés, les insomnies et même contre les maux de tête. (En France, 30 % des plus de 65 ans en prennent au moins une partie de l’année et deux fois plus dans les maisons de retraite. Un rapport récent du Centre de pharmacologie de Bordeaux a indiqué qu’après 70 ans, et en moyenne à 78 ans, la fréquence des démences était accrue par ces médicaments de 60 % après dix-huit ans de surveillance des groupes traités et non traités… Sans compter les chutes, fractures, embolies et morts résultant de ces effets thérapeutiques encore plus graves qu’avec les benzodiazépines données pour calmer et faire dormir les vieillards quand les établissements qui les abritent manquent de personnel la nuit. NPE.)

Bien que la FDA ait explicitement demandé de nouveaux essais cliniques, Lilly se borna à produire une méta-analyse des essais qu’il avait réalisés pour obtenir l’AMM des années auparavant. Cette méta-analyse menée par Charles Beasley fut refusée par le New England Journal of Medicine, mais finalement publiée par le British Medical Journal en 1991. Mais David Healy montra qu’elle n’avait inclu que 3 000 des 27 000 patients de ces essais, dont la plupart sous benzodiazépine, pour en atténuer les effets excitants, et qu’elle avait en outre exclu les résultats de 5 % des patients qui avaient souffert d’akathisie et éliminé 13 des 15 suicides observés ! Cela n’empêcha pas Lilly d’accuser ceux qui critiquaient le Prozac de manipulation sélective et de rappeler que le taux de suicide chez les déprimés atteint 0,3 %, soit 20 fois celui de la population générale, ce qui, pour Lilly, confirmait une fois de plus que la cause des suicides était la dépression et non le Prozac (mais sous Prozac le taux est de 1,25 %… soit 60 fois le taux moyen des Français. NPE).

David Healy, qui avait accès aux publications médicales aussi bien qu’aux documents internes de Lilly, affirma qu’il était réaliste d’estimer qu’un quart de million de personnes dans le monde ont fait une tentative de suicide consécutive à la prise de Prozac et que 25 000 d’entre elles en sont mortes60, soit 17 000 tentatives et 1 700 morts par an dans le monde. Cette estimation date de 1999, il y a quatorze ans, et elle trouble souvent mon sommeil, car quatorze ans se sont encore écoulés et le Prozac et les autres ISRS sont non seulement toujours sur le marché,mais de plus en plus prescrits. Pour Lilly, la conséquence fut d’éliminer dans les essais ultérieurs tous les patients présentant des signes d’akathisie, ce qui permit d’obtenir l’autorisation de la fluoxétine grâce à ces exclusions multiples. Les effets secondaires ont donc été jugés extrêmement rares dans les essais, mais il n’en est évidemment pas de même dans la vraie vie. Seul le Bureau fédéral pour la santé allemand eut des doutes sur la sécurité de la fluoxétine. Alors, est-ce que tout se passe bien en Allemagne ?

Extraits de « Médicaments effets secondaires : la mort « , de John Virapen publié aux Editions du Cherche-Midi (2014).

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