La clef pour prévenir le suicide, c’est le dialogue

Qu’il s’agisse d’un proche, d’un voisin ou d’un collègue de travail, face à la détresse d’une personne que l’on soupçonne suicidaire, il est normal de se sentir totalement démuni, de ne pas savoir quoi dire, quoi faire. Pourtant, être à l’écoute et mettre des mots, avec l’autre, sur sa souffrance, permet souvent d’éviter le pire. Les explications du psychiatre Jean-Louis Terra.

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Psychologies : Quels sont les signaux susceptibles de témoigner d’une détresse suicidaire ?

Jean-Louis Terra : Une personne en crise suicidaire a changé. Elle qui était vive, dynamique, devient taciturne. Son visage se ferme, elle est au bord des larmes. On la sent très vulnérable, en retrait. Elle a modifié ses habitudes, dans tous les domaines : dans sa vie conjugale, familiale et professionnelle… Elle annule des rendez-vous, ne va pas au travail. Elle ne mange plus, maigrit.
L’insomnie est un autre signal très fort. Pendant la nuit, la personne suicidaire se retrouve seule face à ses idées noires.

Est-ce que tous ces signaux sont à prendre au sérieux ?

J-L T : Dès qu’on a le moindre doute, il faut parler avec la personne. Lui demander où elle en est, ce qu’elle ressent, afin de vérifier jusqu’où elle pourrait aller. En 2010, 3,9% de la population a eu des pensées suicidaires (source : Institut National de Prévention et d’Education pour la Santé). Ramené à la population, cela fait quand même 2,5 millions de personnes que l’on n’a pas détectées.

 

À partir de quand s’alarmer ?

J-L T : Il y a trois stades dans la crise suicidaire : l’idée suicidaire (je pense le faire), l’intention (je vais le faire) et la programmation (où, quand, comment et avec quoi). La véritable urgence, c’est lorsque la personne a déterminé le quand et que celui-ci se situe dans les 48 heures. Chez cette personne, il y a alors souvent une amélioration paradoxale : elle sait que sa souffrance va enfin s’arrêter dans quelques heures ou jours.

La seule façon de savoir quand ça va avoir lieu, c’est donc de demander. Les certitudes ne peuvent venir qu’en dialoguant avec la personne. Et le plus tôt sera le mieux. Il n’y a aucun autre moyen de prévention.

Justement, que dire à une personne qui est en crise suicidaire ?

J-L T : Il est important de bien choisir ses mots. L’idée est de nommer, avec elle, les émotions qui ont atteint un seuil insoutenable pour elle. Et lui dire que l’on a compris où elle en est. Grâce à cet échange, elle va se sentir moins seule. Ce qu’elle ressentait auparavant comme inhumain devient partageable, et par là même humain, grâce au dialogue.

 

Et que faut-il faire ?

J-L T : Pour apaiser la personne, il est primordial de déterminer avec elle le dernier événement qui a aggravé sa souffrance – mettre des mots dessus permet de diminuer un peu la tension -, et de s’assurer qu’elle est prise en charge par des professionnels. Il faut accepter aussi d’être sa bouée de sauvetage, de devenir importante à ses yeux, même si l’on n’est pas la personne la plus proche d’elle. Car lorsque l’on a détecté ses émotions, on devient quasiment le reflet de la vie.

A l’inverse, que faut-il surtout ne pas dire ?

J-L T : Il vaut mieux se garder de rassurer précocement en disant : “ce n’est pas grave, il y a plus grave que toi”. C’est éviter le problème. Il ne faut pas non plus minimiser, ni généraliser. Il serait mieux aussi d’éviter le genre de commentaires : “Mais vous avez des enfants, madame”. Cela revient, par exemple, à dire à cette dame qu’elle n’est pas capable d’élever ses enfants. Il n’y a pas pire pour enfoncer quelqu’un. Il ne faudrait pas non plus en rester au “je pense”. La clef, c’est de demander.

Comment faire pour éviter la récidive ?

J-L T : L’un des meilleurs moyens pour prévenir le suicide est, selon moi, de traiter la dépression. C’est le facteur de risque (****) le plus important conduisant au suicide (près de 50% des personnes qui mettent fin à leurs jours en souffrent). Le mieux pour éviter la récidive est donc de s’assurer que la personne est bien prise en charge.

 

Les mots justes

Tu vas mal, mais qu’est-ce tu veux dire exactement ?

Qu’est-ce qui se passe ?

Qu’est-ce que tu éprouves ?

Est-ce que tu souffres par moments ?

Est-ce que tu as souffert ces dernières semaines ?

Pourquoi en arriver à mettre fin à tes jours ?

Souffres-tu au point d’en arriver à penser à mettre fin à tes jours ?

Quelles sont les pires pensées que tu as pu avoir cette nuit ?

Quels sont les pires gestes que tu aurais pu commettre ?

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